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Visite à l’atelier. In catalogue d'exposition centre d'art contemporain l'Entrepôt Uzès. du 30 mars au 11 mai 2002. Peintures.

Michèle Moutashar

Une fois passées, dévoilées, soupesées, empilées, par dimensions, double carré, pleine feuille, demi format, par montées de gestes ou de pigments, par vagues et par brassées, les œuvres sur papier de ces dernières saisons, il dit au détour d’une phrase, mi-figue, mi-gourmand, et faussement candide... au fond, je suis un peintre en bâtiment.

Et de fait, empesés, noir goudron, bords d’épaufrures, faces comme revers, les derniers travaux de Jacques Clauzel collent au bâti d’un bout à l’autre, et jusque dans leur obstination singulière, ils ont cet air de morceaux maçonnés. Lorsqu’on les retourne, persistent l’empreinte, qui forme ossature — raies parallèles comme d’hypothétiques planches —, et en lisière les bavures des jus successifs.

On dégustera plus tard l’inventaire des outils, empruntés aux métiers du bâtiment, qui mènent à ces feuilles endurcies de pigment, où le temps fait enduit peigne de maçon, qui sert ailleurs à l’encollage du placoplâtre, règle en bois, de celles utiles à la géométrie du carreleur, et dont la mise en oeuvre croise la manière des bétons bruts de décoffrage, truelle aiguë suspendue à sa pointe.

Si l’important, dans ce rapport de corps à corps qu’on a immédiatement avec une oeuvre, est bien comment elle nous mesure, ces papiers, pourtant réalisés à plat, dans un mouvement qui tire vers soi, de loin à proche, apparaissent, dans tous les sens du terme, dressés de là peut-être ce quelque chose de la stèle qu’ils prennent aussitôt à les voir côte à côte.

Superposition des gestes, empilement; rainures, striures, soulèvements, arrachages, dépôts tout participe ici de l’étagement, forme palpable du discontinu, dont la rayure serait pour l’heure le motif principal.


Entailles, interstices, intervalles (parmi lesquels il faut compter, glissée dans la matière pleine du noir, ce qu’il nomme avec autant de malice que de méfiance, l’intromission de la couleur): termes d’espaces, toujours disjoints, mais où il est aussi profondément question de temps. Car dans cette partition, là encore dans tous les sens du mot, musical autant que géométrique, le temps lui-même, telle la durée plus ou moins interrompue du séchage, fait rayure.


Michèle Moutashar
Arles, 3 mars 2002

 



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