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' Des Traits dans le frais '. In l'Art vues. mai 2002.

BTN critique A.I.C.A.

Une galerie privée dans un bourg, centripète, de dix mille habitants mais dont la renommée touristique est incontestable c’est bien, ce n’est sans doute pas suffisant. D’autant que tout galeriste doit faire la part entre les goûts de son public et les siens propres. Dans ce contexte, la création depuis deux ans déjà de l’Entrepôt par Serge Jullian, chef d’entreprise passionné d’art contemporain, est un atout supplémentaire. Ainsi a-t-il voué des locaux autrefois dévolus aux matériaux de construction à des expositions dont il assume le choix, guidés toutefois par les réseaux d’informations et conseils éclairés obtenus par la bande...
Jusqu’au il mai, on pourra y voir les peintures récentes de Jacques Clauzel.
 

Ce qui trappe dans la production récente de Jacques Clauzel c’est sa simplicité. En tait, abandonnant le kraft il utilise aujourd’hui des feuilles format “Jésus” qui n’ont la dimension corporelle d’un format moyen ni la dimension intimiste d’un petit format. On est donc dans l’entre-deux, dans un relatif équilibre entre corps et esprit. Le pliage en huit bandes fournit à l’artiste une division minimale de la surface qui sert de matrice, de contrainte formelle à partir duquel va s’exprimer le sens. La surface est maculée d’acrylique noire qui est un peu comme le champ d’inscription de toutes les combinatoires à venir. Cette surface est délavée, usée, maltraitée de façon à obtenir une ductilité inédite. Les plis seront accentués par des contrastes de valeur ce qui donne l’impression que la lumière filtre comme d’une persienne. Le brou de noix ajoute alors la dimension matérielle à ce jeu de lumière et de néant. Les plis se font traits tirés dans le frais et forment comme le thème de variations infinies. Ces dernières à leur tour mobilisent des modalités de présentation multiples. Ainsi la surface peut-être divisée en deux valeurs contrastées, intégrer ou pas des modulations, des subdivisions de traits à l’intérieur des bandes. De plus les feuilles peuvent se combiner en diptyque, triptyque ou polyptyque se rapprochant de la croix. Enfin le travail sur la surface n’est pas exempt d’impondérables qui sont non seulement acceptés mais presque désirés.
C’est que le travail de Clauzel se situe de plus en plus dans une problématique du “presque rien” qui tait sens. On est ici dans le frémissement, la vibration ou les mystères de l’ineffable. Et quoi de plus impalpable, de plus indicible que la lumière ? On comprend mieux le découpage en huit bandes c’est qu’il est constitué de sept lignes et que ce chiffre a des connotations spiritualistes universelles. Les dessins, qui recourent à la gomme, sont exécutés sur le même principe de l’effacement et de l’accentuation des plis. Par ailleurs, Jacques Clauzel utilise de plus en plus la photo qu’il enseigna autrefois aux Beaux-arts de Montpellier. Ce sont les jeux d’ombre changeante qu’il traque, réservant des surprises tant notre imaginaire est prompt à projeter ses références, Faire accéder le simple, l’obscur, le ténébreux, au lieu mental où jaillit la lumière. N’est-ce pas l’ambition des plus grands poètes ? Justement Clauzel fait des livres avec eux.

BTN critique A.I.C.A.

Clauzel vient d’exposer à Tokyo et à Grasse. On le retrouvera en Juin chez HDNick à Aubais et en 2003 à Montpellier...
 

 



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