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L’émergence poétique.

A.L

Homme du Midi, Jacques Clauzel, peintre avant tout, intègre sa peinture aux livres d’artiste. Il en bouscule les définitions car mêlant constamment le livre de peintre, le livre d’artiste, et la bibliophilie.


Son œuvre considérée comme abstraite, selon le poète Torreilles “ne l’est en rien car elle est émergence, et c‘est en cela que sa conception du livre est complémentaire de sa démarche de peintre, car toute émergence est poétique. Le poème est en lui-même émergence qu’il soit peint, écrit ou proféré“.
Jacques Clauzel, a trouvé un langage de signes graphiques, à caractère primitif dans l’ensemble, forme géométrique, répétition du même, strie, ligne, jouant avec des oppositions de ton extrêmement sobre, rappelant “un tissage qui s’organise en réseaux de signifiants dont les thèmes sont musicalement exploités comme un ensemble de variation qui donne une unité à chaque ouvrage“.


Mais avant tout, c’est l’utilisation du noir qu’il privilégie, afin, dit-il, d’échapper à une esthétique trop facile. Le papier Kraft lui sert de support, que la peinture imprègne au point de ressembler à une étoffe où apparaissent de subtiles nuances, qui offrent au regard comme une illusion d’optique, un point de rupture.


Ce “noir qui dit la nuit et le retrait de l’être”, comme le dit si heureusement le poète Salah Stétié, qui a réalisé plusieurs ouvrages avec J. Clauzel, laissant sans voix, sans mot pour le dire et comme un appel adressé au poète, comme une invitation “à en produire le signe le plus abstrait et le plus nu qui soit, car cette parole du poète et pour le peintre une nécessité impérieuse, vitale”.


Poésie et peinture convergent vers le même point : dans ce rapport l’alchimie opère, l’image poétique, celle de Stétié la révèle: “Ainsi que s’ouvre une fenêtre rêvée sur un ciel tout strié de choses latentes à l’heure du très petit matin”. “Les choses vous le verrez dit le peintre, les choses vont bientôt venir s’accomplir dans la lumière de plus en plus grande du jour. Le noir, qui est pourtant si beau à lui tout seul va se décomposer dans la lumière du prisme”.


Bien d’autres partageront avec lui cette expérience poétique. Voici ce que nous en livre Charles Dobzynski: “Le thème des «Nuits transgressées» m’a habité dès que j’ai vu les grandes pages, les grandes plages de ténèbres agencées par Jacques Clauzel suivant de subtiles gradations, au moyen d’acrylique, comme pour capter en leurs nervures, leurs reliefs à peine esquissés et leurs grumeaux, quelque chose qui ressemble au vertige de l’origine, un parcours presque somnambule vers l’embrasure d’une nuit qui est pour l’esprit une incandescence inversée (... ), un fil d’Ariane nous guide vers une autre rive ou un autre versant du visible”.


Torreilles dira encore à propos de cette expérience commune : “Exercice croisé de la parole et du regard, l’espace travaillé par le peintre et le poète aux confins des choses mêmes met fin à l’antinomie entre apparence et existence”.
A.L.


Languedoc Art Presse Hiver 2002
 

 



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