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Post face 'mes nuages'. Photographies de Jacques Clauzel. Poèmes de Giovanni Dotoli. octobre 2004.

Jacques Clauzel

De ces photographies.

Lorsque Giovanni Dotoli m'a demandé de lui fournir quelques photographies de ciels et de nuages pour dialoguer avec ses poèmes, le sujet entrait complètement dans la logique de mon travail. Il se trouvait en parfaite adéquation non seulement avec les suites de photographies que j'ai réalisées ces dernières années : les fruits desséchés ou pourris, les ombres, les objets de rebut, mais aussi et surtout avec mon ouvre de peintre. Pour moi qui me nourris de toutes les techniques des arts graphiques (peinture, bien sur, mais aussi gravure au trait, à l'eau forte, à l'aquatinte, sérigraphie, lithographie), parce qu'elles me permettent de mettre à l'épreuve, pour ne pas dire en péril, l'essence de ce travail, ces photographies m'obligeant à me confronter à une réalité toute visuelle,  me forcent, comme pourrait le faire le dessin sur nature, à reprendre contact avec une réalité évidente et basique, essentielle.

Je dois toutefois, et dès l'abord, dire que la prise de vue est probablement (et peut être devrais-je dire, paradoxalement ?) la partie la moins importante de mon travail ? En effet, même si choisissant avec soin le sujet, l'angle de prise de vue et tout ce qui peut permettre d'obtenir une « bonne photographie », j'aborde cette étape avec toute la rigueur nécessaire, ce n'est, qu'au moment du tirage, au laboratoire, que l'ouvre commence réellement à exister. Le négatif ne constitue, pour moi, qu'un élément de départ. Un peu comme une plaque de gravure qui n'est pas grand-chose tant qu'elle n'a pas été encrée et tirée par des mains expertes à faire ressortir le sens profond de l'ouvre. C'est de lui que vont pouvoir émerger de nombreuses propositions, souvent très opposées les unes des autres. Je travaille un tirage de la même façon qu'un dessin, une peinture ou une gravure. Je ne trouve aucun intérêt à tirer un négatif deux fois de la même façon.

Il m'a fallu un certain temps pour déterminer comment traiter le sujet. La seule chose dont j'étais certain dès le départ était que photographier de « beaux nuages » ne pouvait être satisfaisant, ni suffisant. Comment dès lors aborder le sujet ? Comment appréhender ce thème sans tomber dans la plate redite, dans le rabâchage éculé? Et surtout comment faire pour qu'il trouve sa place dans la globalité et le sens de mon travail ?

Celui-ci tourne depuis longtemps autour du diptyque et du triptyque. Etablir des liens, des confrontations entre la partie haute et basse, entre celle de gauche et celle de droite, en constitue une des armatures.

 C'est donc, in fine, tout naturellement, que s'est imposée à moi l'idée de confronter le ciel et la terre, souvent les ramenant visuellement sur le même plan par le biais des valeurs foncées (qui gomment les détails) et faisant de la ligne d'horizon (mais est-ce bien encore une ligne d'horizon ?), le seul espace lumineux qui prend alors force de symbole.

Si j'ai réalisé un certain nombre de prises de vues et de négatifs pour traiter de ce sujet, je pense qu'un nombre infiniment plus réduit eut été suffisant. J'aurais, en effet, pu interpréter de plusieurs manières signifiantes chacun d'entre eux pour aboutir à un résultat final sinon identique (rien ne l'est jamais), du moins très proche et probablement beaucoup plus fort puisque régi par une plus grande économie de moyens. Je n'ai pas osé. Mais, cela constituera probablement le prochain pas en avant.

Jacques Clauzel    Gallargues-le-Montueux. octobre 2004

In ouvrage Mes nuages comprenant 112 poèmes de Giovanni Dotoli  56 photographies de Jacques Clauzel

 



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