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Introduction au catalogue de l'exposition Musée Geo - Charles Echirolles. Février 1991. Peintures.

Elisabeth Chambon, conservateur.

Exposition Musée: 'GEO CHARLES  ÉCHIROLLES'.

Au départ, il y a l'envie de peindre. Quoi de plus simple. Peindre pour que demeure la seule intuition, le reste étant de l'anecdote.

Jacques Clauzel semble dire 'pour voir, il ne faut rien savoir, sauf savoir voir'. Avec lui la peinture ne pourra jamais être affaire de stratégie. Elle fournit elle-même une raison ou une idée en temps voulu. Jacques Clauzel pense à l'art non comme un territoire de conquête, mais comme un lieu de transit et de mobilité. Trajectoire d'une forme sans obstacle sur la toile comme de passage pour s'orienter dans de multiples directions, jamais en position de connivence patente à l'égard de phases de l'histoire de l'humanité. Peinture qui ne peut être uniquement rétinienne, sous peine de se banaliser, raison pour laquelle il ne se prive pas de cultiver l'archétype. Il mêle aux éléments du mythe ceux de son histoire, histoire qui vient de nos racines, quête incessante pour déchiffrer et maîtriser un destin qui lui échappe à travers les obscurités qui l'entourent.

L'espace de Jacques Clauzel est un espace pressenti, un et multiple, à ne pas expliciter. Espace de transition, vécu alors physiquement ou perceptivement parcouru, comme les expériences ne se répètent jamais et se modifient chaque fois qu'on les traverse.

Il occupe l'espace et la durée, il la retient pour nous, se glisse et s'infiltre dans les friches insaisissables. Sa méditation est trop réelle, constante, pour qu'il use de préméditation. Plutôt que de favoriser une seule ou certaines de ses facultés, toutes sont sollicitées au même titre, afin que les notions d'art et de liberté ne soient plus de simples notions de complaisance.

Jacques Clauzel tient à déplacer le discours, selon son propre mode d'expression, en dehors de toute contingence ; renouant avec les valeurs essentielles, dont il est le dépositaire et ainsi, connaître un peu mieux ce qu'il désire voir. Le présent rejoue une part de ce qui est passé, avec la sensation que c'est un remplacement de chaque chose et que le principal manque. Quoi qu'on fasse, l'essentiel est reporté au prochain 'tableau', le tableau manquant. A la limite si chaque œuvre pouvait disparaître, il ne resterait plus que l'idée de l'œuvre, quelque chose de fascinant qui ne se donne pas.

Une peinture qui s'élève contre l'idée d'une 'peinture honteuse', celle qui s'excuse presque d'en être encore. Plutôt quelque chose qui la préserve de toute définition, qui n'apaise pas, rien que des doutes, des regards sous un -autre biais.

Le travail de Jacques Clauzel désigne l'attente. Il s'est passé quelque chose, quelque chose se passera sans doute.

Elisabeth Chambon Février 1991.

(Elisabeth Chambon, Conservateur du Musée GEO CHARLES à Echirolles



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