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' Jacques Clauzel Château d’Ô Montpellier '. Article de presse revue al dante 13 avril 1996. Exposition Clauzel rétrospective 1959 -1996. Du 6 avril au 5 mai 1996.Peintures.

Skimao critique A.I.C.A.

Jacques Clauzel Château d'Ô Montpellier

Cette exposition permet de faire le point sur le travail   de  Jacques Clauzel qui œuvre de­puis plus de trente ans, dans le domaine des arts plastiques, de voir les différentes périodes et évo­lutions le structurant, enfin de vérifier les innombrables méandres de la création en action.

Cette vision ramassée donc non ex-haustive, bien entendu, offre au spec­tateur la possibilité de se faire une idée sur les productions, toujours va­riées, d’un artiste, moins médiatisé que d’autres, dont l’acharnement et la continuité apparaissent au travers d’un fil conducteur, sa vision person­nelle de l’art de peindre. Si Jacques Clauzel possède comme bon nombre d’artistes de sa généra­tion une solide formation tant pratique que théorique, acquise aux Beaux-Arts, il va essayer de s’inscrire dans les courants picturaux de son temps. À partir des paysages du début, il va évoluer, en 1963, vers une certaine abstraction, avec émergence de la forme, avant de se lancer, dans les années 1968-69, vers des travaux sur papier où des bandes découpées se répondent en une mosaïque de cou­leurs. Ces découpes évoquent à la fois l’univers matissien (de La Vague aux gouaches découpées) mais aussi le travail de François Rouan. C’est à partir de cette période que Clauzel abandonne son activité pictu­rale pour un séjour d’enseignant en Afrique et une pratique professionnel­le de la photographie lors de son sé­jour en France en 1973. Il va consti­tuer une réserve de ce qu’il nomme des dessins fous à partir de 1975, sor­te de graphies automatiques possé­dant à la fois des parentées avec Dubuffet ou les anonymes de l’art brut.

Cette amorce d’un retour à l’art lui semble aller de pair avec une reprise complète des formes picturales. Ainsi décline-t-il à nouveau paysages, na­tures mortes, peintures de genre, etc. afin de se remettre à niveau. Son sty­le finit par se rapprocher de celui de Morandi et l’ensemble de cette expérience le conduit à un certain iso­lement, lié à l’in­compréhension du milieu artis­tique face à ce ré-apprentissa­ge.

A partir de 1985, Jacques Clauzel intervient sur des papiers col­lés, retravaillés, tout en distor­dant des per­sonnages pré­sents parallèle­ment sur ses toiles, jusqu’à ce que leurs bras s’estompent. Il aboutit à de grandes formes en 1988 qu’il va décliner par la suite dans un registre sériel. Ses quilles, apparues à partir de juillet 1989, sorte de réfé­rences archétypales de l’homme, en­vahissent son espace pictural et lui ouvrent de nouvelles voies, courant là encore le risque de bien des malen­tendus sur sa pratique. Cet envahissement va de pair avec une réflexion profonde sur le matériau même, l’envers et l’endroit, la présen­ce de cette forme, son estampage et sa disparition, au profit d’une re­cherche orientée vers le livre d’artiste, à partir de 1992, qui continue tou­jours.

L’artiste va se charger de mettre en espace des œuvres croisées, avec des écrivains et poètes francophones, comme Butor, Chédid, Gluck, Guillevic, Stétié, Teulon-Nouailles, Torreilles, pour n’en citer que quelques-uns, lui permettant de s ex­primer sur l’espace réduit de la page, tout en conservant ses acquis pictu­raux. En naissent des pièces fascinantes, où les personnalités de chaque intervenant se fondent en un volume commun, avec toujours la pré­éminence du regard. Enfin, ses toiles récentes, datées de 1995, prennent en compte l’opposition existant entre verticalité et horizontali­té. Il intervient sur de larges bandes qui ne se réfèrent pas à la peinture américaine mais plutôt à son expé­rience de la page du livre. Ce change­ment d’échelle se traduit par une abs­traction que je qualifierais, étrange­ment certes, de manuelle. Les frac­tures nées de la peinture créent d’im­perceptibles frontières où les bavures se constituent en réseau. L’œil se trouve happé par le déroulement des espaces tandis que la notion d’infini s’insinue dans la perception du spec­tateur.

Jacques Clauzel nous propose une œuvre mûre et plurielle qui demeure jeune au travers de multiples va­riantes formelles. Sa volonté sereine de continuer à nous surprendre repo­se finalement sur une logique rigou­reuse lui offrant le soubassement in­dispensable à toutes les aventures.

Christian Skimao.

Exposition Jacques Clauzel. Du 5 avril au 5 mai, Espace d’exposition du Château d’Ô, Avenue des Moulins Montpellier: 04 67 84 70 46.

Al dante 13 avril 1996.



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