RSS feed
                                                                                        
' Desseins contrapuntiques '. Carré d'Art , mur Foster. Nîmes. Exposition du 10 au 25 janvier 2006. Dessins.

Skimao critique A.I.C.A.

« On ne pourra bien dessiner le simple qu'après une étude approfondie du complexe » Gaston Bachelard.

   Dessiner, c’est entreprendre pour Jacques Clauzel, un long parcours au travers d’une ascèse toute personnelle. Il lui faut suggérer à l’aide de moyens graphiques, un effet de miroir entre ce que l’on nomme peinture et ce que l’on désigne comme dessin. Continuer à créer des paysages mentaux à partir d’un geste archaïque qui organise ses surfaces. Dans le cas des dessins, ces derniers entretiennent une grande familiarité avec le matériau et le concept, comme ses peintures. Le démarrage sur la même peau de papier brouille les frontières et atténue les différences, tout en établissant un trouble nouveau pour celui qui regarde. Si les dessins offrent une apparence générale tournée vers la clarté, quelques zones plus sombres servent de rappel pour les peintures exposées à la Galerie des Arènes, dont la tonalité générale opte pour le foncé, en un jeu de va-et-vient. On retrouve la problématique habituelle de l’artiste, semblable en apparence à celle présente dans ses toiles, une grille préparatoire avec des croisements simples de coups de crayon, ces tracés estompés partiellement à la gomme, recouverts ou non par un jus de peinture, sorte de deuxième peau liquide. Mise en place d’une gestuelle qui efface pour mieux montrer les traces de l’imperceptible. Son dessin entraîne, en terme d'application sur le support papier, une mise en évidence d’un creusement privilégiant l’espace scarifié d’un nouvel imaginaire. Ces dessins apparaissent pour l’artiste comme des « initiateurs de série », des points de départ d’une nouvelle aventure ou encore pour le citer, comme l’action de « poser une graine et la laisser germer ». Peut-on alors parler d’esquisse ? Non, car ces éléments simples, constitutifs de travaux futurs, se trouvent pensés, réalisés puis exposés. Et pas simplement déclinés à l’infini. Arrêtés à un moment donné et significatifs d’une recherche, tout en s’inscrivant dans une continuité liée au long terme, le papier n'étant plus seulement le support du dessin, mais au travers des gestes simples qui supportent l’action, devient parfois le lieu même de l’existence d’un monde.  

   Il apparaît également un phénomène annexe de mise à nu dans ce travail qui place le spectateur dans une relation plus intime avec l’oeuvre. Même si le Mur Foster n’est pas un cabinet d’arts graphiques, il joue pourtant ici une fonction similaire quant à l’effet produit par la monstration. Le choix d’une mise sous verre de ces dessins obligera le spectateur attentif à jongler avec les points de vue, à parfois s’irriter des reflets de la réalité qui l’entoure, pour tenter de mieux saisir des angles nouveaux, parfois vierges et parfois parasités. Il existe alors une spécificité du dessin, revendiqué comme tel, mâtiné de rehauts picturaux, jouant avec les impuretés et les irrégularités du support et qui garde sa spéficité intrinséque. Car outre le fait de tracer des signes sur une feuille de papier, Jacques Clauzel ne se positionne-t-il pas comme un arpenteur de l’esprit…



Skip Navigation LinksPage d’accueil > Bibliographie