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Dans le noir, Jacques Clauzel se confronte à l'éternité

Stéphane Cerri

 


 

Dans le noir, Jacques Clauzel se confronte à l'éternité

 

Un travail sur le temps et le silence

Jacques Clauzel le reconnaît sans détour : son œuvre, expo­sée à la galerie des Arè­nes, est austère. « Je suis un parpaillot », expli­que l'artiste, dans un sou­rire marmoréen. Jacques Clauzel n'aime pas la séduction, encore moins l'anecdote. Peu à peu, il a dépouillé sa peinture, excluant la couleur et la figuration pour atteindre la rigueur et la sobriété qui lui correspondent. Seule fantaisie, l'artiste s'autorise l'usage du brou de noix, un colorant naturel plein de ressources. Comment aller au bout d'une idée, d'un chemin sans se répéter ? C'est le défi que s'est fixé l'artiste en explorant un champ apparemment limité, et pourtant riche d'ouvertu­res multiples. « Moins on met de choses sur une toi­le, plus on laisse le champ d'interprétation ouvert », dit-il, affirmant par là même autant sa liberté que celle de celui qui regarde sa peinture. Jacques Clauzel travaille sur du papier kraft. Il le plie, le scarifie. Ainsi se dessinent des rectangles en relief. Puis il peint, plu­sieurs fois, toujours avec délicatesse et précision, travaillant la matière et la transparence, comme un coloriste qui n'utiliserait pas la couleur. Immobilité. Longtemps, il a laissé flotter ses papiers. Mais il a préféré les tendre en marouflant ses papiers sur la toile. Pour l'autant, l'œuvre ne s'est pas immobilisée. Fai­re effleurer une sensibilité devient encore plus déli­cat. Mais l'issue était logi­que. « Tout mon travail tend vers la simplicité », précise le peintre, dont la matière première est le temps. « J'essaie de faire une œuvre intemporel­le », explique Jacques Clauzel, qui se nourrit d'art africain. « Quand on est sur une piste en pays Dogon, on a l'impression d'être au premier matin du monde. Dans ma bibliothèque, il y a beau­coup d'art primitif. Cela me fascine de pouvoir regarder une œuvre sans se dire : elle est de telle époque. Je voudrais qu'on regarde mon travail comme cela. »

 

Stéphane CERRI

N° 19 - CAHIER DU MIDI LIBRE DU 27 JANVIER 2006

Galerie des Arènes. NÎMES

du 1er janvier au 5 février 2006

 



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