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"De la peinture en son afflux sauvage" sérialités différentielles in monographie "Jacques Clauzel" mai 2009

Maurice Benhamou

Maurice Benhamou

 

De la peinture en son afflux sauvage

 

 

 

Jacques Clauzel

 

« Sérialités différentielles » peintures

 

 

 

 

1

 

Surfaces spécieuses alors que tout se donne, que tout est dehors.

Le moindre geste oblitère les certitudes de ces minceurs chimériques.

Tout palpite ou pantelle. Nous sommes à même la terre, le serons.

Une lumière d'âme émane des matérialités ombreuses.

 

 

2

 

...la trace comme un refus, la trace toujours en lutte contre la forme,

contre la seule devrait-on dire véridique forme que constituent les

lieux de traces.

Un vide se creuse.

Ce qui vient après fait frémir ce qui était avant.

Supposons que ce qui vient après, un beau jour, s'évapore et que le

frémissement demeure.

La forme, enfin ? La Forme. Quel éveil !

 

 

3

 

La peinture. Qui l'approche doit la sentir avec les sens d'un aveugle.

 

 

4

 

Sur la feuille, des événements surviennent là où rien ne les attend et ils découvrent eux-mêmes que c'est leur juste place.

Autre mystère déconcertant.

Sur tel site de l'œuvre, un vide. Faiblage, déficit ou même une attente. Et quelque chose, soudain, ne survient pas. Et le vide n'est plus manque...

...suggérant qu'à quelque chose d'inachevé, un tableau, mais peut-être un destin, il est possible que rien ne manque.

5

 

ne témoigner que du souffle - nulle autre ambition chez Clauzel-

mais du sien propre, avec sa raucité.

 

 

6

 

Ce monochrome se croit-il seul au monde ? Se prend-il pour un rapport ne se rapportant qu'à soi ?

Que fait-il des ombres d'encoignures ? Du silence blanc des lieux ? De la pensée des morts ?

 

 

7

 

....ce qui affleure à l'air en vérité ne doit à personne.

Pure vitalité qui vient au monde.

 

 

         8

 

À force, l'image empêche de voir, empêche de vivre. Il n'y a pas pour l'imaginaire une fatalité de l'image.

Ah ! le « Ah ! » de l'air quand tout est possible !

 

 

9

« ...moins je dis plus je montre. Qui ne regarde que des yeux ne voit que ce qui est. Un petit tas de cendres. Mais moi je prétends que l'incendie soit l'œuvre ! Même s'il ne peut paraître. »

      10

De la peinture comme telle le discours dissimule l'événement.

Que dire de l'indicible ? Du comme tel de la musique ou du parfum

dans son afflux sauvage ?

Ceux-ci, nous nous taisons et nous fermons les yeux pour mieux les

ressentir. Que ne le faisons-nous pour la peinture ?

 

 

      11

 

De l'espace, le peintre n'a retenu que le vertige ; du temps qu'un sentiment d'intensité.

 

 

12

 

... les sérialités différentielles ne donnent rien à lire, mais elles font bouger la peinture. Et d'autant plus profondément qu'elles ne furent pas préméditées. Elles naissent de cet abandon vigilant du peintre qui se laisse infléchir par les énergies que lui-même soulève et met en œuvre, et plus encore par celles qu'il révèle dans le chaos de la matière.

 

 

13

 

Praesistere.

Immatériel ce qui d'une peinture, si matiériste soit-elle, vient en

avant, c'est-à-dire sa présence.

Contre-Catalyse. Non celle, en chimie, dans laquelle une présence

autorise des réactions sans y participer, mais celle, en peinture, où

c'est précisément l'instauration de rapports complexes entre matière,

formes et lumière qui peut provoquer une présence immatérielle, un

espace insaisissable, unique, sans équivalent dans l'univers.

Que le tableau se trouve détruit, et rien de cette présence, de ce

vertige, ne reste. Ni dans une reproduction aussi fidèle soit-elle, ni en

nous. De même après leur mort rien ne demeure des êtres que nous

avons aimés ; leur présence, même lointaine, non seulement était

l'essentiel, mais elle était tout.

 

 

14

 

... certainement, la forme externe de choses, de figures importe moins au peintre que la forme sans forme, la forme intime qu'elles atteignent dans notre sensibilité. Aussi les livre-t-il à un foisonnement de rapports, évidents ou subtils, à d'inlassables variations sérielles qui fatiguent et usent ce qui, en elles, s'accroche encore à l'ordre des choses.

 

 

15

 

... il n'en faut pas moins rompre avec l'idée d'art, la notion. Rien au-delà de ce rien de réalité : un tressaillement léger.

 

 

16

 

Un événement insignifiant. Une goutte de colle tombée sur du kraft.

Et il arrive que pour le peintre de longues années de travail se

trouvent engagées. Parfois une vie.

De quoi s'agit-il ? de sauver l'insignifiant, c'est-à-dire sa propre

existence ?

D'autant plus pure l'œuvre que plus ténue la source,  la perle

qu'infime le germe.

 

 

17

 

Comme les prophètes, le peintre bégaye.

Mais ceux qui bégayent savent que la répétition libère la parole.

Josué augurait que celle d'une note de trompette ferait, à la longue,

s'écrouler les remparts de Jéricho.

Le peintre répète parce que nulle répétition n'est possible. De l'une à

l'autre la vie passe. La lumière a changé. Le même devient autre.

 

 

18

 

... gélatine qui maroufle la feuille sur un papier plus lourd - ou colle de pâte légère diluée, produisant, suffuse et diffuse, immatérielle, intelligible - clarté autant que lumière - une lucidité qui s'accorde aux carrés dont le remuement créateur opère placements, déplacements, replacements, remplacements...

...variations vibratoires qui propagent en nous leur tension.

 

 

 

Juillet 2006

 

 

In Portfolio aux Éditions À Travers 2007



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