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"Jacques Clauzel 17 peintures récentes". In catalogue d'exposition. Art Elysée Paris 22,26 octobre 2009. Galerie Philippe Samuel Paris.

Paule Plouvier

            On ne peut être que frappé par l'impression de sobriété qui se dégage des tableaux, sobriété à peine dérangée par la variété des formats et des propositions qui s'en dégagent. Le contraste entre le jeu du noir et du blanc accentue encore l'extrême, pour ne pas dire austère, simplicité de l'ensemble souvent qualifié de primitivisme. La pauvreté voulue du matériau, papier kraft, mine de plomb, jus noirs et blancs dilués, et plus encore les pliures, grattages, scarifications imposées au papier, évoquent l'Afrique où le peintre a vécu quelques années. La géométrisation des surfaces, le jeu des bandes plus ou moins larges contribuent encore à cette évocation , comme dans telle toile où , dans une dominante d'ocrés plus ou moins foncés — c'est du moins ce que l'œil croit — d'étroites bandes se succèdent les unes les autres comme dans certains tissus africains, produi­sant un effet d'élégance joyeuse qui contraste avec la massivité impérieuse de tel autre tableau dont le noir, brutalement jeté, ne s'éclaire que d'une déchirure blanche en son milieu.

 

Primitivisme donc, à condition de ne pas confondre la question de l'originaire avec ce qu'on appelle parfois, l'époque aidant, une spontanéité créative qui réinvente, faute de les connaître, les lois du métier de peintre. En ce sens loin d'être primitive la peinture de Jacques Clauzel s'inscrit, par le raffinement et la maîtrise du métier, dans la grande tradition picturale. Il faut s'approcher du tableau, permettre au regard d'errer sur la surface pour être pris et surpris par l'inventivité des solutions et la précision toujours mesurée du parcours au terme duquel, énigmatique, un monde en naissance surgit.

 

Il faut en effet un métier extrêmement tenu, allié à une recherche non moins exigeante, pour obtenir de la palette restreinte dont se sert le peintre les remarquables effets de couleur dont se parent les tableaux. Suivant l'épaisseur ou la fluidité des jus, le choix du mat ou du brillant, montent à la surface des bleus ou des rosés improbables. Les toiles, suivant le déplacement du regard, se nacrent, ça et là, de lueurs qui contredisent l'austérité première. Les pliures qui sont une constante de l'œuvre ne cessent d'interpeller : tantôt elles s'affirment en retenant sur leur ligne infime le matériau coloré et s'opposent à un passage trop simple du regard; tantôt, griffées sur toute leur longueur, elles laissent monter, comme un monde en gésine, l'ocre du kraft.

 

Ce travail sur l'infinitésimal n'a pas pour but de se saisir de la matière mais de la pousser jusque dans ses retranchements, de l'accompagner pour mieux la contredire, de l'user jusqu'à la trace où s'indique ce qui est primordial et insaisissable. Art dont paradoxalement la retenue ne cesse de provoquer. A quoi ? Pro-vocare, appeler, héler de loin, s'engager sans recours dans l'appel : à une présence soudain advenue qui est vibration plus que forme connue, intemporelle comme la peinture.

 

Paule Plouvier

Septembre 2009

 



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