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Clauzel Degottex à Montolieu exposition à

BTN

Clauzel/Degottex à Montolieu

 

Rencontre dans le village du livre

 

« La coopérative », centre d'art contemporain dans le village du livre, un espace comme on en voit trop peu où les œuvres respirent, au rez-de-chaussée comme sur la mezzanine, et dans toutes ses niches qui présentent des vitrines emplies de livres d'artistes car le galeriste est également éditeur (« Rencontres »). Cette expo de printemps accueillera ainsi Jacques Clauzel, ses toiles et livres d'artistes réalisés avec les grands noms de ces deux décennies. Mais aussi Jean Degottex, décédé il y a plus de vingt ans, dont l'œuvre exemplaire n'en finit pas de fasciner

 

 

Jacques Clauzel et Jean Degottex ont en commun une certaine économie des moyens et une apparente simplicité de facture. La comparaison s'arrête là. La « rencontre » des deux œuvres peut dès lors commencer. Si Degottex travaille en effet la surface qu'il suit à la trace d'un geste simple et déterminé, un peu comme les maîtres calligraphes, Clauzel la recouvre par couches successives qui lui permettent d'obtenir des transparences sur ses dessous et donc une mémoire du processus de production chargé de lumière et d'exploration de la matérialité du support.

Clauzel, dont on sait moins qu'il a longtemps vécu en Afrique et qu'il y a réalisé un grand nombre de photos (cf. le livre récemment publié, Dans la lumière noire, texte de Maurice Benhamou), tra vaille depuis bon nombre d'années sur un support unique et apparemment pauvre, le kraft. Il en explore le moindre pli, dont la répétition à la surface, lui assure une structure à partir de laquelle il intervient en peintre. Il suffit de parcourir ses séries pour se rendre compte que deux tonalités dominent : le noir d'un côté, le blanc de l'autre. Du moins quelque chose qui tendrait vers le noir, quelque chose qui tendrait vers le blanc. Car c'est dans la petite différence que s'inscrit cette production qui recourt tantôt à la scarification (quand on parlait d'Afrique !), tantôt au trait de mine de plomb pour reconstruire par la peinture la surface et perturber notre besoin d'équilibre et de perfection. Ainsi chez Clauzel les choses paraissent-elles en ordre mais à y regarder de plus près la ligne est tremblée, dans sa discontinuité. C'est que pour lui, à une intervention géométrique rigoureuse, qui relèverait des paradigmes fondamentaux qui définissent l'espèce, s'oppose l'humanité de l'individu, lequel se définit par sa différence précisément. A fortiori pour l'artiste, cet homme simple qui est en même temps un peu plus qu'un simple homme. Jouant avec la base de la toile, son sommet, ses côtés, Jacques Clauzel p privilégie le format vertical, propose ainsi de multiples variations sur un même thème grâce auxquelles il explore des nuances subtiles de blanc par exemple qu'il obtient par recouvrement de la surface jusqu'à saturation. Dans les œuvres au noir, c'est essentiellement la griffure qui favorise les effets de lumière, comme si celle-ci filtrait du fin- fond de son antagoniste. Comme on le voit le travail de Clauzel évolue vers une toujours plus grande simplicité. C'est qu'il ne hait rien autant que la couleur agressive qui s'impose et violente, celle qui nous rend passifs consommateurs de perceptions externes. Ce qu'il propose est d'une autre nature : il faut en quelque sorte, sinon le mériter, du moins l'apprivoiser, ne pas hésiter à s'en approcher pour en saisir la subtilité, le déguster au fond, le désirer un peu comme on se sustente délicatement d'un poème. On comprend mieux pourquoi la poésie lui importe tant, et pourquoi il a sollicité autant de poètes pour ses livres d'artistes. Cette simplicité est par ailleurs à mettre en rapport avec ses antécédents africains : les tribus qu'il a connues dans sa jeunesse ne visaient-elles pas comme lui directement à l'essentiel, au sacré, au fond à une certai­ne forme cosmique d'absolu que sans doute Rimbaud a poursuivi quelque part du côté de l'Abyssinie, berceau de l'humanité. Toujours est-il que c'est dans la nostalgie d'une sérénité à retrouver qu'œuvre cet artiste. Une nostalgie faite de sensualité et d'évidence.

Quant à Jean Degottex, c'est l'un des grands noms de l'histoire de la Peinture, même si la deuxième moitié de sa carrière a été souvent mal comprise.La première d'ailleurs faisait clairement référence à la calligraphie extrême-orientale et au dépouillement zen. Mais la dernière partie de sa production n'exclut pas la couleur (le rouge en particulier), l'artiste aime intervenir de façon minimale, un geste, un arrachement perçant, une empreinte lui suffit pour obtenir le maximum d'effet de perception et de sens. De même le peintre aime à travailler la diagonale voire des formes arrachées plus souples. Les deux œuvres méritent donc d'être rapprochées mais les deux esthétiques diffèrent, comme peuvent différer des cultures ancestrales qui sur certains points peuvent se rejoindre. L'humain ne saurait être étranger à l'humain de même que deux peintres, même à vingt ans de distance ont sans doute bien des choses en commun, dans le regard du spectateur s'entend.                                                                                                                 

 

BTN 2009

 

Jusqu'au 21 mai. La coopérative de Montolieu. Tél. 04 68 78 96 29.

Clauzel participera aussi à une expo sur la gravure à Europ'art (Aiguës-Mortes) avec Titus-Carmel...

 

In l’Art vues avril mai 2009

n° du 10 avril au 9 juin



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